domino Invité
| Sujet: un conte Ven 18 Aoû - 22:09 | |
| Les Contes véridiques des Mille et Un Patients
Les cent belles jeunes filles qui se trouvaient laides
Elles étaient belles comme le jour, mais elles se trouvaient laides.
Les soupirants se pressaient à leur porte qu'elles tenaient verrouillées ainsi que les volets, pour qu'on ne puisse pas voir à quel point leur laideur se voyait.
Elles dirent à Maddelen : "quand nous prenons notre miroir, nous voyons notre nez trop long ou trop court, nos yeux trop grands ou trop ronds, une ride sur la gauche, un bouton sur la droite, des seins trop écartés ou beaucoup trop petits, des cuisses beaucoup trop grosses, un genou de travers. Nous ne sommes pas montrables, même par une nuit sans lune".
Maddelen sourit, leur offrit du thé avec des petits gâteaux et puis leur expliqua : quand vous regardez votre miroir, ce que vous détaillez: votre nez, vos yeux, votre ride, votre bouton sur la droite, vos cuisses et vos genoux ne sont que des objets détachés de la personne.
Quand vous faites la revue des détails, vous ignorez l'ensemble. Raides comme des experts-comptables épluchant des bilans, tout au fond du miroir vous n'apercevez pas des jeunes filles, mais des experts-comptables épluchant des bilans.
C'est dans le regard d'autrui que l'on voit resplendir vos charmes et vos beautés. C'est dans les yeux des hommes que s'allume la flamme érotique qui salue les merveilleux appâts dont le ciel vous combla, de merveilleux appâts dont l'effet vous échappe puisqu'ils sont les vôtres, et féminins comme VOUS.
Maddelen leur prit les mains, et négligeant le transfert, les embrassa toutes sur les joues et leur dit : si j'avais un fils, j'aurais aimé qu'il prit l'une pour épouse.
Que votre miroir désormais ne vous serve qu'à ordonner vos cheveux, à crayonner vos yeux et rosir vos lèvres puisque telle est la mode. N'y cherchez ni la beauté de vos formes, ni celles de vos âmes, ni celle de votre cœur, ni celle de votre esprit, que les autres verront quand vous leur offrirez, mais que vous ne verrez jamais que dans le miroir de leurs yeux.
Elles embrassèrent Maddelen, puis elles ouvrirent à tous les soupirants leur porte et leurs volets, et tandis qu'elles regardaient leurs yeux, elles virent leurs âmes à elles qui tout au fond brillaient.
La leçon vaut pour tous, conclut Maddelen. Chacun quand il se regarde ne se trouve pas beau, il se voit sans charme, objet se regardant. C'est quand il est dans la vie, aimant, pensant ou folâtrant, caressant son jeune chien, ou écoutant Mozart, que chacun prend sa figure pleine des richesses humaines et des formes que reprennent les sculpteurs.
C'est là, simple ignorance partagée par tous, qui peut conduire à la déprime, à la schizophrénie, et même jusqu'au suicide.
Les vampires l'aggravent en isolant chacun sur le divan à la recherche d'Oedipe. Diafoirus en profite, croyant que c'est chimique, pour remplir les cliniques.
Alors que manque une leçon de choses traitant de deux lentilles, celle qui regarde au dedans, celle qui regarde au dehors. Yves Dienal Madeleine et Yves Dienal Psychanalystes 24 Bd de la République F-92100 Boulogne FRANCE +33 (0) 146 081 677 Mél: dienal@psychosante.com |
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Anonymou Invité
| Sujet: Re: un conte Jeu 24 Aoû - 10:53 | |
| J'aime beaucoup cette histoire, elle m'émeut profondément  |
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Admin Marie-do Admin

Age : 47 Inscrit le : 20 Jan 2006 Messages : 2150 Localisation : BARR - Alsace
| Sujet: Re: un conte Dim 27 Aoû - 8:35 | |
| Idem
Nous sommes trop souvent dur(e)s envers nous-mêmes, le juge intérieur (surmoi) est terrible. et je me mets à penser que si ces jugements nous étaient infligés par les autres, nous leur en voudrions, et nous révolterions...Nous portons notre propre bourreau
 _________________ "Ne jamais oublier d'aimer exagérément c'est la seule bonne mesure". Christiane SINGER. |
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